Conférence environnementale : fixer un nouveau cap pour l'éducation à l'environnement

par Fabienne Schimenovitz il y a 6 ans
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Publié : il y a 6 ans
Le Gouvernement a inscrit l'éducation à l'environnement et au développement durable (EEDD) parmi les cinq chantiers prioritaires de la Conférence environnementale des 20 et 21 septembre 2013. Objectif : "fixer un nouveau cap" à l'EEDD pour accompagner les transitions écologique, énergétique et "préparer l'avenir", a indiqué le ministère de l'Ecologie. "Souvent l'objet d'incantations", "trop peu abordée en tant que telle", le Comité français pour l'environnement et le développement durable (Comité 21) a salué "le choix" de cette table ronde estimant que c'est un levier "indispensable pour les changements de comportements", souligne-t-il.

Accélérer l'adaptation au marché de la formation initiale scolaire et continue, accroître la sensibilisation et l'information de tous les "écocitoyens" seront au menu des travaux de ce week-end. La table ronde sera présidée par les ministres en charge de l'Éducation nationale Vincent Peillon, de la Jeunesse et de l'Éducation populaire Valérie Fourneyron, et de la ministre déléguée à la réussite éducative George Pau-Langenvin. Elle doit réunir une soixantaine de participants membres du Conseil national de la transition écologique (CNTE) et des sept collèges du Débat national sur la transition énergétique. Chacun a apporté sa contribution notamment les travaux menés par l'Espace national de concertation (ENC) pour l'EEDD et les conclusions des 3e Assises nationales tenues à Lyon en mars dernier. Bettina Laville, membre du Conseil d'Etat et présidente d'honneur du Comité 21, est chargée d'animer et de faciliter les débats.

"Dans un contexte de crises écologiques, économiques et sociales", l'EEDD "doit apporter une contribution renouvelée et renforcée pour accompagner le processus de transformation de notre société, ainsi que les évolutions des modes de vie et des comportements, de tous les publics, dans tous les lieux et temps de vie". Telle est l'orientation formulée dansle document de travail préparatoire, rédigé par le Commissariat général au développement durable (CGDD) du ministère de l'Ecologie. La réussite d'une telle politique s'inscrit dans une double démarche, selon le document : "mener dans la durée une action volontariste de l'État, inscrite explicitement dans les politiques publiques environnementales et éducatives" et favoriser les projets multi-partenariaux, impliquant "ensemble" tous les acteurs publics (Etat, collectivités, établissements publics), les acteurs de la société civile (associations, entreprises, familles...) ainsi que le monde de la recherche.

Adéquation entre les formations et les débouchés nécessaires

"Engager une nouvelle étape de mobilisation" des écoles aux campus est l'un des objectifs annoncés. La question de l'EEDD n'est en effet pas nouvelle. Depuis 2004, sa généralisation dans le système éducatif primaire et secondaire fait l'objet d'un plan triennal par le ministère de l'Education Nationale, renforcé par de nouveaux textes en 2007 puis en 2011 : transversale, cette politique éducative doit figurer dans les programmes de toutes les disciplines. Enseignants et personnels d'encadrement doivent y être formés et l'intégrer dans les démarches globales de développement durable des établissements (E3D), prévoient les circulaires ministérielles. L'article 55 de la loi Grenelle I du 3 août 2009 souligne ''la nécessité de la formation tout au long de la vie" et a été intégré aux programmes scolaires. L'EEDD est également prise en compte dans la nouvelle loi sur la Refondation de l'école du 8 juillet 2013 (article 42). Concernant les établissements d'enseignement supérieur, la loi Grenelle 1 demande l'élaboration d'un Plan vert.

L'EEDD en chiffres À la rentrée scolaire 2011-2012, plus d'un millier de formations initiales dans le domaine environnement ont été recensées allant du BEP/ CAP au niveau Bac +5 et plus (master, diplôme d'ingénieur, doctorat), selon les chiffres du service d'observations et statistique (Soes) du CGDD publiés le 29 août 2013. Près de 71.000 élèves et étudiants étaient inscrits dans ces filières.

En 2011, 5,5% du nombre total d'écoles, collèges, lycées publics et privés étaient également engagés dans une démarche de développement durable associant les bonnes pratiques (agendas 21 scolaires, labels "Eco-Ecole" et "E3D"…), selon les chiffres du ministère de l'Ecologie. A la rentrée 2011, la moitié des universités et un tiers des grandes écoles avaient élaboré un Plan Vert.

Pour cette rentrée scolaire 2013, de nouveaux diplômes "verdissants" entrent en application tels que le Bac pro Hygiène, propreté, stérilisation, le Bac pro gestion des pollutions et protection de l'environnement, le BTS métiers des services à l'environnement. La révision du Bac pro environnement nucléaire et du BTS gestion énergétique du bâtiment est prévue à la rentrée 2014. La rénovation de l'enseignement de la biodiversité sera d'ailleurs discutée au cours de la table ronde.

Une démarche de l'EEDD basée sur le volontariat

Si de nombreux projets en matière d'EEDD existent déjà dans les établissements (voir encart), ceux-ci s'appuient toutefois souvent sur le volontariat des enseignants et/ou de certains chefs d'établissements scolaires, constate le document préparatoire. Nombre d'entre eux ne sont pas "encore assez repérés, et donc valorisés". Or, "il faut à présent susciter un effet d'entraînement positif dans le long terme, d'un plus grand nombre d'écoles et d'établissements scolaires". Comment ? En dégageant du temps pour mener et valoriser les projets et les éco-actions des écoles et établissements éducatifs, préconise Roland Gérard, co-fondateur du CFEEDD et co-directeur du Réseau Ecole et Nature, participant à la table ronde. L'objectif est de développer "les initiatives citoyennes" prises dans les établissements et mettre en œuvre "ce qui marche déjà et qui est facile à installer", comme équiper un établissement d'une éolienne individuelle, d'un système de récupération de l'eau de pluie ou mettre en place un jardin pédagogique, ajoute-t-il. Et de réaffirmer :"Notre chantier commun, c'est bien l'éducation de tous, tout au long de la vie, mais plus question de la limiter aux enfants et à l'école, l'établissement scolaire doit devenir un lieu montrant l'exemple à tous".

La formation des formateurs, levier essentiel

Renforcer la formation de formateurs et de conseillers agricoles pour accompagner de nouvelles filières (valorisation de la biomasse, bioéconomie) est également au cœur des travaux. La formation des enseignants et des éducateurs professionnels en lien avec les autres acteurs du développement durable faisant encore défaut. Or, cette formation des éducateurs est "un levier essentiel de démultiplication et de progrès", rappellent les parties prenantes. Alors que l'EEDD repose sur le volontariat des professeurs "depuis plus de vingt ans", il est "nécessaire de faire intervenir ces enseignants pionniers en tant que formateurs des autres car c'est eux qui ont la conviction, l'expérience et la connaissance des pratiques, les outils et les partenaires", estime M. Gérard.

Reste l'épineuse question du financement indispensable pour développer des projets EEDD. Pourra-t-elle être abordée en période de crise ? L'accompagnement financier est "une "catastrophe aujourd'hui, toutes les associations d'éducation à l'environnement sont en difficulté alors que l'an dernier, le Président Hollande avait promis 10% de budget en plus aux associations d'environnement", a alerté M. Gérard. La création d'un fonds financier (1€ par habitant) à l'échelle des intercommunalités pour financer les classes de nature est proposée par les acteurs. "En ouvrant le débat sur l'EEDD au plus haut niveau, le gouvernement a levé un espoir au sein des acteurs associatifs en particulier ceux-ci attendent maintenant des mesures concrètes, dont des financements, c'est incontournable", espère Roland Gérard.
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